NOTE DE L’ÉDITEUR1
Pourquoi Paul Rassinier s’est-il intéressé au Vicaire ? Parce qu’il déteste le
mensonge et parce qu’il est pacifiste.
L’athée, le libre penseur irréductible qu’il est, et qui donc, logique avec luimême,
n’appartient pas à cette « quantité considérable d’hommes (qui tiennent) le
Pape comme la plus haute instance morale de la Terre2 », cet athée se félicite que la
papauté ait été en 1870 totalement exclue de l’administration des choses temporelles
et refoulée au rang de « morale ». Mais il se félicite aussi d’avoir vu — et plus
particulièrement depuis Léon XIII — les papes tendre leurs efforts, dans tous les
domaines, à accorder les valeurs religieuses avec celles de la plus haute de toutes les
instances morales, la conscience, et, avec Pie X, Benoît XV, Pie XI et Pie XII, d’y
avoir réussi à la presque perfection en matière de souci de la Paix, suprême valeur
universelle.
Cet athée salue avec satisfaction le Message de la Noël 1964 par lequel le pape
Paul VI s’est, à son tour, engagé à continuer dans cette voie, en dénonçant comme
principaux et à peu près seuls obstacles à la fraternité des hommes, le
nationalisme, le racisme, le militarisme, l’esprit de classe, de parti et de caste. Et il
n’en est que plus à l’aise pour souligner que, par son auteur et tous ses supporters, Le
Vicaire ne soit paradoxalement qu’une protestation — et au plus bas niveau
possible ! — contre le refus d’un pape de prendre parti dans les affaires temporelles
de la part de gens qui, précisément, lui ont toujours et en toutes autres occasions
refusé ce droit.
Si les supporters de M. Rolf Hochhuth ont, comme lui, obéi au besoin de se
libérer d’un sentiment de culpabilité, qu’il s’agisse de la leur propre ou de celle de
leur classe, Paul Rassinier peut répondre ceci : il ne pense pas devoir, comme on y
invite les spectateurs du Vicaire, « réfléchir sur sa propre culpabilité ».
Il n’a pas, comme tel partisan de Rolf Hochhuth, invité les populations à voter
en masse pour Hitler. Il a, au contraire, usé de tous les moyens à sa disposition pour
l’empêcher d’arriver au pouvoir.
Il n’a pas, comme tel autre, fait tout ce qu’il pouvait pour rendre la guerre
inévitable : il s’est dressé contre elle de toutes ses forces, ce qui lui a valu quelques
ennuis avec M. Daladier.
La guerre ayant éclaté, il n’est pas, comme ce troisième, parti combattre le
nazisme aux Amériques. Il est resté le combattre sur place, ce qui était peut-être plus
difficile. Cela a valu à Rassinier de connaître Buchenwald et Dora ; cependant c’est
le célèbre émigré qui donne des leçons au déporté.
En 1944, l’auteur de cette étude se trouvait hors de combat du côté de Dora.
Mais, libre, il n’aurait pas été obligé de s’engager précipitamment dans la 1re ou la
26 D.B. pour donner le change : il n’avait pas à cacher son passé.
Paysan du Danube, et manquant peut-être de bonnes manières, Rassinier se
déclare absolument non coupable. C’est tout réfléchi. Réfléchi avant, non après.
Voilà peut-être toute la différence entre les partisans du Vicaire et quelqu’un
qui pense que cette pièce est une mauvaise action.
1 [La Table ronde/L’ordre du jour]
2 Déclaration de M. Rolf Hochhuth à Mme Nicole Zand, Le Monde, 19-12-1963.
« On se plaint que le pape ne parle pas. Il ne peut pas parler ; s’il parlait, ce serait pire ». Citant ces paroles que prononça Pie XII au cours d’un entretien qu’il eut avec lui, le P. Paolo Dezza, ancien recteur de l’Université grégorienne, signale que l’archevêque de Cracovie, cardinal Adam Sapieha, et d’autres évêques polonais firent savoir [253] au Saint-Père qu’il valait mieux ne pas publier les lettres qu’il leur avait adressées pour dénoncer les atrocités des nazis et cela, disaient-ils, afin de ne pas aggraver le sort des victimes. Le religieux rappelle ensuite que le grand rabbin de Rome, M. Zoll, se fit baptiser, après la libération de la Ville éternelle, en reconnaissance de ce que le pape avait fait pour ses coreligionnaires. Il relève que ce fut M. Zoll qui, après avoir reçu le baptême, sollicita de Pie XII l’élimination de l’expression « perfides » qualifiant les juifs dans la liturgie de la Semaine sainte. Les journaux du 2 au 5 janvier 1964.