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Décryptage, sans tapage, ni rage .

Gustave DUPIN - M. Poincaré et la guerre de 1914 -- Etudes sur les responsabilités

Publié par Sax sur 26 Août 2012, 14:28pm

Catégories : #histoire

AVANT-PROPOS

DE LA PREMIERE EDITION

Depuis plus d'une dizaine d'années, j'ai reçu à

maintes reprises des lettres de correspondants de province

qui me disaient en substance : Puisque vous vous

occupez des responsabilités de la guerre, indiquez-nous

donc les ouvrages dont nous devons faire l'acquisition

pour nous mettre au courant de cette question qui nous

semble grave entre toutes...

Je répondais en dressant une liste aussi succincte

que possible, mais réunissant cependant les principaux

aspects de la question et y compris les plus indispensables

des documents; j'arrivais ainsi, et quel que fût

mon souci d'économie, à un total de plusieurs centaines

de francs, et c'était trop, le plus souvent, pour la bourse

modeste de mes correspondants. Combien j'ai vu de

bonnes volontés découragées par l'obstacle pécuniaire!

D'autre part, il n'existait pas encore de compendium

général précis que je pusse indiquer, et c'est cette

lacune, maintes fois constatée par une expérience déjà

longue, que le présent travail a pour but de combler.

Il a été conçu et rédigé dans le but de populariser les

tableaux essentiels de la conflagration européenne;

tableaux volontairement estompés et défigurés par une

presse complice de guerre, et trop souvent méconnus

ou oubliés de l'opinion qu'elle égare. Au surplus, l'action

vulgarisatrice de ce travail a été déjà essayée, si

je puis dire, puisque tous ses chapitres, sauf deux, ont

paru sous forme d'articles d'étude, soit dans Evolution,

soit dans l'Ecole Emancipée; et c'est parce qu'on en a

reconnu l'utilité que je les ai réunis et mis à jour des

récents documents.

***

Les historiens officiels s'attachent à subtiliser la

question des responsabilités en feignant d'accorder de

l'importance à des pièces tout à fait secondaires et

inadéquates, mais de façon à masquer les points essentiels

irréfragablement acquis, à égarer l'opinion dans

un byzantinisme spécieux et à lui donner la sensation

de l'hermétique et de l'abscons! La composition de la

commission chargée de l'examen des archives du Quai

d'Orsay, où pas un seul indépendant n'a eu accès, ainsi

d'ailleurs que son fonctionnement occulte, contribuent

à imposer à l'opinion publique le sentiment que de

telles recherches ne sont point de sa compétence et

passent de loin sa compréhension. C'est là une mystification

de plus et un surérogatoire outrage au sens de

la démocratie; somme toute un tour de bateleur qui a

pour but d'escamoter au souverain son droit d'examen

et de décision en ce qui le touche le plus. Cette Commission,

nommée par les prévenus eux-mêmes, et dans

le but bien évident de se faire blanchir, est une des plus

cinglantes dérisions dont on ait jamais fouaillé un

peuple. Et dire que parmi la quarantaine de budgétivores

compères qui la composent, il ne s'en est pas

trouvé un seul pour avoir la pudeur de réclamer l'impartialité

de la contradiction compétente et libre!...

Si l'on n'avait pas trompé la nation lors du déclenchement

de la guerre, il est bien incontestable qu'on

n'aurait pas aujourd'hui à lui dissimuler les faits qui se

rapportent à ce moment tragique. Le travail qu'on va

lire a pour but de fixer les points de repère essentiels

d'une recherche que l'on voudrait à tout prix soustraire

à son attention.

***

S'il est des lecteurs dont le sentiment autocratique

et maurrasien affirme la nécessité du « faux patriotique

», et qui croient que, par la suite, la raison d'Etat

interdit de jamais dévoiler au peuple les artifices dont

on s'est servi pour le faire marcher, que ceux-là rejettent

ce livre, il n'est pas fait pour eux... Mais il s'adresse

aux citoyens libres, ou qui, du moins, aspirent à l'être;

à ceux qui pensent que les gouvernants ne mentent

que pour cacher leur malfaisance dans l'avilissement

des gouvernés.

Il est pour ceux qui croient que l'inextricable

gâchis de l'Europe d'après guerre a sa cause profonde

dans le mortel sophisme de la légitimité des mensonges

d'Etat.

Faut-il évoquer ici l'invraisemblable imbroglio de

la Conférence de La Haye? Pendant la guerre, en 1917,

j'eus l'occasion de rencontrer Philip Snowden à Paris,

dans une maison amie et hautement estimable, et après

guerre, en 1925, j'ai causé avec son Secrétaire à Beaulieu.

J'ai retiré de ces entretiens la certitude que le

Chancelier travailliste avait sur les origines et les responsabilités

à peu près la même opinion que nous. Dès

lors, qui ne comprend que ses éclats disparates et

inadéquats de La Haye dissimulaient mal un certain

dépit de n'y pouvoir étaler ses véritables et secrètes

raisons? A qui fera-t-on croire qu'il y eût obtenu quatrevingts

pour cent de ses revendications et l'évacuation

immédiate de la Rhénanie, s'il n'y eût fait sentir vigoureusement

le fer de l'aiguillon, j'entends des vérités

cachées. Au surplus, de retour in England, il y reçut

l'approbation ostensible et marquée du Roi. Et je crois

indiquer au chapitre IV du présent travail, que la décision

rapide de publier les archives anglaises en quelques

mois, révélait assez la volonté royale de se désolidariser

de ce que lord Lansdowne a si bien nommé

« le complot sinistre pour forcer à la guerre à tout

prix ».

Véritablement, il commence à être flagrant que

tous ces délégués, à Genève comme à La Haye — et

si bien intentionnés qu'on les suppose — considèrent

que l'Europe est dans la situation d'un morphinomane

qui serait en danger de mort si on lui retirait brusquement

sa drogue — la drogue des mensonges de guerre.

Personne n'y dit ce qu'il sait, ni n'y exprime le fond

de sa pensée. Telle est la pitoyable équivoque qui pèse

sur tous ces conciles européens.

Les efforts de Briand pour établir un état de paix

rappellent assez ceux de Waldeck-Rousseau pour liquider

l'affaire Dreyfus : c'est compromis d'avocat. Briand

voudrait pacifier l'Europe, mais que jamais il ne soit

question de la recherche de la vérité. Que dirait-on

d'un chirurgien qui prétendrait fermer une plaie en y

laissant une malpropreté?... Il aurait beau multiplier

ses exhortations verbales : Plus de plaie! Mettons la

plaie hors des possibilités!... il n'en entretiendrait pas

moins un foyer d'infection mortelle.

Les efforts de Briand, en admettant qu'ils soient

momentanément utiles, seraient funestes à l'avenir,

parce qu'ils sont au fond démoralisateurs, en éteignant

chez les peuples le sentiment de la justice et de ses

sanctions nécessaires. On ne fera pas plus la paix en

gardant le mensonge, que l'on n'a pu faire la guerre

en gardant la vérité.

Sincérité, peut-être. Mais la sincérité ni même le

repentir ne suffisent. M. Briand ne commence-t-il pas

à avoir conscience du spectacle qu'il donne : velléités

personnelles d'avancer dans le sens de la confiance, et

reculs effectifs que lui fait exécuter son gouvernement

dans le sens de la méfiance. — Car le pharisaïsme gouvernemental

passe les bornes de l'hypocrisie. Et les

assurances de désarmement que prodiguent nos actuels

hommes d'Etat, valent exactement les dégrèvements

qu'ils décrètent et qui, dans la réalité, se traduisent

incontinent par un nouveau bond de vie chère!

La farce lugubre durera... ou se précipitera dans

la catastrophe finale, — à moins que les hommes de

travail et de paix véritable, qui, eux, ne sont ni diplomates,

ni délégués prébendés, ne se décident à ne plus

favoriser la morphinomanie du mensonge dans l'unique

but de sauver la face aux funestes politiciens de 1914,

et que toutes affaires cessantes ils se rallient à la thèse

dès longtemps posée par notre Société d'Etudes, à savoir

que l'apaisement véritable et définitif ne peut résulter

que de la justice dévoilant la vérité aux yeux de tous;

car, ainsi que l'a dit récemment le sénateur américain

Shipstead, « la divulgation des faits et de la vérité concernant

l'origine de la guerre est d'un intérêt vital pour

la réconciliation des peuples en Europe. »

Mon désir serait que les personnes de bonne volonté

dont je parle reconnaissent dans le présent travail un

effort objectif autant que sincère vers la vulgarisation

populaire de cet idéal.

***

Ce livre s'adresse spécialement aux pacifistes de

toutes écoles et de toutes tendances, et ils sont nombreux

dont la bonne volonté est émouvante, mais qui,

par conséquence de l'étouffement systématique d'une

presse complice, n'ont pas encore pu s'instruire des

responsabilités précises de la catastrophe européenne.

A ceux-là qui, maintes fois sans doute, ont dû souffrir

confusément de l'insuffisance et de l'empirisme de leurs

moyens d'action, il proposera la base critique et scientifique

qui manquait à leurs généreuses dispositions.

Il n'y a qu'un moyen d'empêcher les égorgements

mutuels des peuples, c'est que ceux-ci s'y refusent. Ils

s'y refuseraient certainement s'ils savaient par quelles

mensongères et infâmes machinations on a pu les entraîner

en 1914. C'est donc cette démonstration qu'il

faut populariser. En voici le rudiment historique.

G. D.

Janvier 1930.

L'auteur rassemble des documents pour comprendre le déclenchement de la guerre de 14 et démonte certaines manipulations, reconstructions et même la confection de fausses archives par le Quai d'Orsay. Les hommes qui sont partis à la guerre n'ont jamais su exactement pourquoi ils allaient au massacre.

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