AVERTISSEMENT
Je dois d’abord un mot au lecteur pour lui expliquer pourquoi je n’ai pas publié ce livre en
France. La raison en est qu'il a pour but de travailler à la réconciliation des belligérants de la
grande guerre en montrant la vérité d'une manière absolument objective, et que la plupart des
éditeurs français hésitent encore à publier des livres animés de cet esprit. Alors même qu'ils en
approuveraient la tendance et le but, ils craindraient de se mettre en opposition avec la version
courante des événements, et de heurter le sentiment de la majorité qui ne veut connaître que
cette version.
Des Anglais, comme M. Keynes, des Italiens, comme M. Nitti, peuvent faire publier leurs
livres, dans leurs pays respectifs, par des éditeurs quelconques. On peut plus difficilement le
faire en France.
Il est vrai qu'il a déjà paru en France des livres poursuivant le même but que celui-ci : la
réconciliation par la vérité. Ils ont eu pour auteurs, le plus souvent, des hommes appartenant
aux partis avancés, ou même très avancés, et ils ont été publiés par des maisons d'édition de
représentants ces partis. Je n'aurais éprouvé aucune difficulté, j'en suis convaincu, à faire
publier ce livre-ci par une de ces maisons, auxquelles j'estime qu'on doit savoir gré, quelque
opinion politique qu’on ait, de l'oeuvre utile qu'elles accomplissent dans des conditions
souvent fort ingrates. Mais, publié par une de ces maisons, ce livre se serait présenté au public
sous le drapeau d'un Parti ; or, c'est ce que je voulais éviter à tout prix. D’autre part, il aurait
été présenté au public que je veux atteindre par une de ces maisons d'édition dont il boycotte
systématiquement les publications, parce qu'il réprouve les idées des partis quelles
représentent. J'ai donc pensé que ce public accueillerait plus favorablement ce livre, s'il lui
était présenté par un éditeur d'un pays étranger et ami. Je ne doute pas qu'il ne m'eût été plus
facile de trouver un éditeur en France après la défaite de M. Poincaré, laquelle a eu la signification
d’une condamnation de sa politique par le peuple français, et sans doute aussi de la
politique faite avant lui. Mais, à ce moment-là, j'étais déjà lié vis-à-vis de l'éditeur étranger,
A. E.
15 mai 1924.
ANCIEN CONSUL GÉNÉRAL ET MINISTRE RÉSIDENT DE FRANCE ANCIEN RÉDACTEUR DIPLOMATIQUE DU « JOURNAL DES DÉBATS » ET DE LA « REVUE POLITIQUE ET PARLEMENTAIRE »,