A la mémoire de Dumitru Bacou qui le premier fit la lumière
sur l'horreur ici décrite.
Préface de l'éditeur
Il ne s'agit pas de fiction. Encore moins de science. De technique, assurément.
La ville de Pitesti, en Roumanie, a abrité, entre 1949 et 1953, un de ces laboratoires
de cauchemar, mais, hélas, trop réels, où des spécialistes expérimentèrent un procédé
de destruction intégrale de l'homme. Les résultats obtenus prouvent que la
transformation de l'homme en robot, plus décisive que la désormais banale
domination de l'homme par le robot, peut s'obtenir assez vite si l'on exploite toutes les
ressources de la souffrance simultanément infligée et subie.
Le témoignage dont nous présentons la traduction française n'a pas pour seul mérite la
tenue littéraire qui en souligne la véracité. A coup sûr, l'auteur construit et conduit son
récit de manière intensément dramatique, par son art d'intégrer le dialogue à la
narration, de mettre en perspective le vécu personnel avec l'histoire ou de traiter le
rapport entre spéculation et sensation. Mais l'opportunité de le faire connaître au
public français, après l'original roumain paru à compte d'auteur en Allemagne, et
après d'autres publications touchant le même sujet, vient de ce qu'il dénonce par
anticipation posthume, pourrait-on dire, une entreprise très actuelle d'étouffement de
la mémoire.
Il est, en effet, nécessaire, il est urgent, de combattre l'étrange séduction que le pire
des extrémismes exerce présentement sur nos compatriotes. Et, pour cela, de faire
entendre la voix de l'étranger, un étranger en l'espèce trop souvent négligé, sinon
méprisé. A en croire certain sondage, un Français sur trois – proportion jugée
révélatrice par un ci-devant Président de la République – voit d'un bon oeil la
réinstallation du Parti Communiste dans la vie politique, tandis que l'actuel Premier
Ministre renforce sa cote de popularité en se disant fier de compter des communistes
dans son gouvernement. Par ailleurs, le Secrétaire Général du même Parti
Communiste choisit le moment pour reconnaître qu'il aurait fallu prendre ses
distances avec Moscou "à partir de 1956"; ce qui comporte l'idée que l'asservissement
à l'URSS du communisme français se justifiait avant cette date; ce qui inclut
l'approbation d'un extrémisme consistant à pousser à l'extrême limite le crime et le
mensonge.
Les entreprises criminelles n'ont pas manqué, sous divers étendards, tantôt associés,
tantôt en lutte, avant 1956, date de l'écrasement de la révolte hongroise, avant même
1945, année qui marque la fin du nazisme en Allemagne et l'extension du
communisme hors de l'URSS, en Roumanie notamment. On a tué des millions d'êtres
humains dans les camps ou chez eux. Mais seul le communisme a cherché, et
partiellement réussi, à détruire l'humanité de l'homme. A consumer totalement,
La ville de Pïtesti, en Roumanie, a abrité, entre 1949 et 1953, un de ces laboratoires de cauchemar, où des spécialistes expérimentèrent un procédé de destruction intégrale de l'homme... Grégoire Dumitresco, né à Cepale (Valachie) en 1923, emprisonné par la Securitate de 1948 à 1951, mort à Munich en 1983, fut l'une des victimes choisie pour cette entreprise de robotisation. Son courage et sa foi lui permirent de surmonter l'épreuve.