PRÉFACE
Depuis longtemps, je veux publier une démonstration
documentée des véritables causes de la
guerre mondiale. Si étrange que cela soit, en
1925, sept années après l'armistice, les véritables
causes du prodigieux conflit qui ensanglanta
l'Europe sont encore fort mal connues. La preuve
en résulte, d'ailleurs, des grandes erreurs stratégiques
de l'Entente pendant la guerre et de ses
fautes politiques depuis la paix, fautes et erreurs
aujourd'hui reconnues et amèrement déplorées
par un nombre croissant des citoyens des pays
alliés.
En effet, c'est essentiellement pour n'avoir pas
exactement compris pourquoi l'Allemagne a fait
la guerre, — son objectif essentiel ayant été
d'établir son contrôle sur l'Europe centrale, —
que les Alliés n'ont pas dès le début découvert
comment il fallait conduire la guerre pour vaincre
vite l'Allemagne en faisant obstacle à la partie
principale de son plan. Si celle-ci avait été bien
« réalisée » à Paris et à Londres, les alliés
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auraient organisé au plus vite l'expédition Salonique-
Vienne-Prague-Berlin qui, en outre, était
l'opération la plus propre à mettre fin à la pression
allemande sur le front occidental, comme on
finira bien par s'en persuader.
De même, si les dirigeants de la France avaient
saisi, dès l'armistice, l'importance extrême pour
l'avenir de la Paix et de la France, des États
slaves et latins de l'Europe centrale que la
victoire alliée venait de constituer ou d'agrandir,
ils n'auraient pas admis que la Pologne, la Tchécoslovaquie,
la Roumanie, la Yougoslavie et la
Grèce fussent sottement qualifiées de pays à
« intérêts limités » et ils auraient tenu avec énergie
à ce que les représentants de ces pays fussent
constamment admis dans les grandes conférences
de la paix, sur le même pied que les
autres puissances. Cette attitude de la France
aurait suffit à lui assurer la majorité dans les
conférences et, aujourd'hui, elle n'aurait pas à
déplorer l'effroyable duperie dont elle a été victime
pour s'être livrée, avec une inconcevable
naïveté, à MM. Wilson, Lloyd George, etc...,
après avoir écarté d'elle, dans toutes les réunions
décisives, ses fidèles alliés et amis de l'Europe
centrale.
L'établissement des véritables causes de la
guerre n'est donc pas seulement intéressant
pour l'intelligence historique du passé, il a, en
outre, une importance capitale pour la compré
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hension du présent et la préparation de l'avenir.
Mais j'ai attendu, pour produire mes preuves
et arguments, le moment où leur action pourrait
être particulièrement utile, c'est-à-dire, la période
où se trouverait en pleine évolution vers le succès
la manoeuvre allemande qu'au début de 1922
j'annonçais en ces termes dans La Mystification
des Peuples Alliés, p. 259 :
L'idée que l'Allemagne n'est pas seule responsable
de la guerre « a été lancée surtout après que
l'Allemagne eut obtenu par les accords de Londres
(mai 1921) que sa dette fût fixée à un chiffre
relativement très bas. Une fois ce résultat assuré,
l'objectif des Allemands a été de ne plus rien
payer du tout. En conséquence, ils ont fait
répandre dans les pays alliés l'idée que, tout bien
considéré, l'Allemagne n'est pas la seule responsable
de la guerre. Le résultat escompté de cette
propagande est que, une fois admise l'idée que
les responsabilités doivent être partagées, l'Allemagne
ne doit pas être seule à payer les réparations.
Si elle doit de ce chef, la France aussi lui
doit. Par conséquent, les deux dettes s'annulent
finalement et économiquement l'Allemagne gagnera
la partie. »
Au début de 1925, cette manoeuvre allemande
est en plein développement dans tous les pays
du monde. Dans une interview publiée le
21 avril 1925, par le British United Press, le maré-
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chal Hindenburg, quelques jours avant d'être
élu Président du Reich, proclamait : « L'Allemagne
doit être lavée des mensonges répandus
sur les responsabilités de la guerre. » Le moment
est donc venu de publier ma démonstration,
afin de constituer l'arsenal de faits et d'arguments
où pourront puiser ceux qui voudront rétablir la
vérité.
Le sujet est si étendu et si complexe qu'il
demande à être exposé en deux livres distincts.
Le premier, — celui-ci —, expose Les Causes
lointaines de la Guerre, c'est-à-dire celles qui,
de 1895 à 1912, ont engendré virtuellement le
conflit.
Un second ouvrage, La Cause immédiate de la
Guerre, démontre que c'est essentiellement la
volonté des Germains de Vienne et de Berlin de
détruire les résultats des guerres balkaniques de
1912-1913, consacrés par le Traité de Bucarest
du 10 août 1913, résultats rendant impossible la
réalisation du Pangermanisme, qui déchaîna la
lutte mondiale.
Méheudin par Ecouché (Orne).
Le 15 août 1925.