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Décryptage, sans tapage, ni rage .

ANDRÉ CHÉRADAME - Les Causes lointaines de la Guerre

Publié par Sax sur 26 Août 2012, 01:06am

Catégories : #histoire

PRÉFACE

Depuis longtemps, je veux publier une démonstration

documentée des véritables causes de la

guerre mondiale. Si étrange que cela soit, en

1925, sept années après l'armistice, les véritables

causes du prodigieux conflit qui ensanglanta

l'Europe sont encore fort mal connues. La preuve

en résulte, d'ailleurs, des grandes erreurs stratégiques

de l'Entente pendant la guerre et de ses

fautes politiques depuis la paix, fautes et erreurs

aujourd'hui reconnues et amèrement déplorées

par un nombre croissant des citoyens des pays

alliés.

En effet, c'est essentiellement pour n'avoir pas

exactement compris pourquoi l'Allemagne a fait

la guerre, — son objectif essentiel ayant été

d'établir son contrôle sur l'Europe centrale, —

que les Alliés n'ont pas dès le début découvert

comment il fallait conduire la guerre pour vaincre

vite l'Allemagne en faisant obstacle à la partie

principale de son plan. Si celle-ci avait été bien

« réalisée » à Paris et à Londres, les alliés

— 2 —

auraient organisé au plus vite l'expédition Salonique-

Vienne-Prague-Berlin qui, en outre, était

l'opération la plus propre à mettre fin à la pression

allemande sur le front occidental, comme on

finira bien par s'en persuader.

De même, si les dirigeants de la France avaient

saisi, dès l'armistice, l'importance extrême pour

l'avenir de la Paix et de la France, des États

slaves et latins de l'Europe centrale que la

victoire alliée venait de constituer ou d'agrandir,

ils n'auraient pas admis que la Pologne, la Tchécoslovaquie,

la Roumanie, la Yougoslavie et la

Grèce fussent sottement qualifiées de pays à

« intérêts limités » et ils auraient tenu avec énergie

à ce que les représentants de ces pays fussent

constamment admis dans les grandes conférences

de la paix, sur le même pied que les

autres puissances. Cette attitude de la France

aurait suffit à lui assurer la majorité dans les

conférences et, aujourd'hui, elle n'aurait pas à

déplorer l'effroyable duperie dont elle a été victime

pour s'être livrée, avec une inconcevable

naïveté, à MM. Wilson, Lloyd George, etc...,

après avoir écarté d'elle, dans toutes les réunions

décisives, ses fidèles alliés et amis de l'Europe

centrale.

L'établissement des véritables causes de la

guerre n'est donc pas seulement intéressant

pour l'intelligence historique du passé, il a, en

outre, une importance capitale pour la compré

— 3 —

hension du présent et la préparation de l'avenir.

Mais j'ai attendu, pour produire mes preuves

et arguments, le moment où leur action pourrait

être particulièrement utile, c'est-à-dire, la période

où se trouverait en pleine évolution vers le succès

la manoeuvre allemande qu'au début de 1922

j'annonçais en ces termes dans La Mystification

des Peuples Alliés, p. 259 :

L'idée que l'Allemagne n'est pas seule responsable

de la guerre « a été lancée surtout après que

l'Allemagne eut obtenu par les accords de Londres

(mai 1921) que sa dette fût fixée à un chiffre

relativement très bas. Une fois ce résultat assuré,

l'objectif des Allemands a été de ne plus rien

payer du tout. En conséquence, ils ont fait

répandre dans les pays alliés l'idée que, tout bien

considéré, l'Allemagne n'est pas la seule responsable

de la guerre. Le résultat escompté de cette

propagande est que, une fois admise l'idée que

les responsabilités doivent être partagées, l'Allemagne

ne doit pas être seule à payer les réparations.

Si elle doit de ce chef, la France aussi lui

doit. Par conséquent, les deux dettes s'annulent

finalement et économiquement l'Allemagne gagnera

la partie. »

Au début de 1925, cette manoeuvre allemande

est en plein développement dans tous les pays

du monde. Dans une interview publiée le

21 avril 1925, par le British United Press, le maré-

— 4 —

chal Hindenburg, quelques jours avant d'être

élu Président du Reich, proclamait : « L'Allemagne

doit être lavée des mensonges répandus

sur les responsabilités de la guerre. » Le moment

est donc venu de publier ma démonstration,

afin de constituer l'arsenal de faits et d'arguments

où pourront puiser ceux qui voudront rétablir la

vérité.

Le sujet est si étendu et si complexe qu'il

demande à être exposé en deux livres distincts.

Le premier, — celui-ci —, expose Les Causes

lointaines de la Guerre, c'est-à-dire celles qui,

de 1895 à 1912, ont engendré virtuellement le

conflit.

Un second ouvrage, La Cause immédiate de la

Guerre, démontre que c'est essentiellement la

volonté des Germains de Vienne et de Berlin de

détruire les résultats des guerres balkaniques de

1912-1913, consacrés par le Traité de Bucarest

du 10 août 1913, résultats rendant impossible la

réalisation du Pangermanisme, qui déchaîna la

lutte mondiale.

Méheudin par Ecouché (Orne).

Le 15 août 1925.

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