Overblog Tous les blogs
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Sax.overblog.com

Sax.overblog.com

Décryptage, sans tapage, ni rage .

Alphonse TOUSSENEL - Les Juifs rois de l'époque (tome I)

Publié par Sax sur 24 Août 2012, 23:57pm

Catégories : #histoire

NOTICE BIOGRAPHIQUE

C'est surtout par son esprit que Toussenel se distinguait

de la multitude des écrivains, ses contemporains : il n'est pas

probable que le lecteur, qui va apprécier son oeuvre, tienne

beaucoup à connaître ses allures physiques, pas plus que la

couleur de ses yeux et de ses cheveux, le portrait ci-contre peut

d'ailleurs, dans une certaine mesure, satisfaire à ce désir.

C'est donc de l'esprit, de l'intellect de l'auteur des Juifs,

rois de l'époque, que nous nous occuperons spécialement, puis

nous donnerons à la fin de cette esquisse les notes

documentaires que nous avons pu recueillir sur lui.

Toussenel fut fouriériste dès sa jeunesse, et nous osons

avancer que, si son esprit ne s'était pas nourri des sucs de cette

doctrine, il serait resté styliste, subtil, artiste superficiel, mais

poète, comme tous les écrivains de sa génération, tels que les de

Vigny, Théophile Gautier, Méry, Alphonse Karr, etc.

Il n'aurait pas eu un genre à lui et, de plus, il ne se serait

pas élevé, à l'aide d'un procédé d'observation, pour ainsi dire

intuitif, au sommet qu'il a atteint, et d'où il lance avec un talent

transcendant les aphorismes, certains disent les

sophismes, les plus séduisants et les plus inattendus.

Mais il y a fouriéristes et fouriéristes, comme il y a fagots

et fagots, lui, fut toujours un disciple dissident, ses démêlés avec

ce que l'on appelait en 1845 « l'École sociétaire » en sont le

témoignage évident.

Il soutenait qu'on peut très bien admettre, ou rejeter, ou

seulement négliger, certaines parties des leçons d'un maître,

sans pour cela cesser d'être son élève et son adepte. Il ne voulait

accorder à personne le monopole exclusif de commentateur des

textes du philosophe novateur ou plutôt inventeur, comme

Fourier se qualifiait lui-même, dont il admirait la science : car,

pour tous les fouriéristes, la science sociale est une science aussi

positive que la physique et les mathématiques.

Ils soutiennent qu'elle devrait être enseignée

officiellement, de préférence à la métaphysique, à la théologie,

et même à l'économie politique, qu'ils appellent volontiers l'art

de faire parler les chiffres à sa volonté et suivant son intérêt.

Il entendait rester maître de sa pensée, ne point

l'embrigader, ne point la soumettre à une consigne.

Ce qui a séduit Toussenel, qui était, lorsqu'il commença à

connaître les livres de Fourier, dans [XVII] l'effervescence de la

jeunesse, c'est surtout le côté poétique de cette philosophie

nouvelle. L'analogie, le travail attrayant, la gamme passionnelle,

l'enthousiasmaient, l'exaltaient, et il garda de cette exaltation un

caractère vraiment chevaleresque. Il adorait les femmes, les

fleurs, les animaux, parce que, disait-il, les hommes, les FORTS,

les tyrannisaient.

Rien n'est poétique, délicat, original, affectueux comme

sa dédicace du « Monde des oiseaux A MADAME HENRIETTE

L... »

Son adoration pour les chiens fut véritablement celle

d'un fanatique, aussi a-t-il pris pour épigraphe de sons livre,

l'Esprit des bêtes, volume des mammifères, cet axiome de

Charlet :

« Ce qu'il y a de meilleur dans l'homme, c'est la chien. »

On raconte que la fuite de CASTAGNO (son chien) fut un

des grands déboires de sa vie. Castagno, qu'il avait aimé, choyé,

comblé de caresses et de bons morceaux, dont la niche fut

toujours douce et moelleuse Castagno, qui avait partagé avec lui

les joies et les fatigues de chasses mémorables, Castagno l'avait

abandonné, comme 1'eût fait un simple camarade civilisé.

Quelle pouvait être la cause de cet abandon ? Peut-être

l'avait-on volé ? Oui, mais il aurait fallu le tenir à l'attache, et

Castagno y serait mort ! ... Pouvait-il se trouver mieux avec un

autre maître ?

Notre bon Toussenel en était là de ses tristes réflexions,

quand, au détour de la rue de Lille et de la rue du Bac, il voit

Castagno seul et flânant comme un habitant du quartier.

Le premier mouvement du maître de Castagno fut de

courir sur l'infidèle, mais il ne céda pas à ce premier

mouvement, que l'on prétend pourtant être le bon, et il suivit

tranquillement l'animal, afin de connaître sa demeure.

Quelques maisons avant d'arriver à la rue de Sèvres, il le vit

entrer dans la cour d'une de ces constructions modernes,

véritables casernes civiles.

Il s'adressa au concierge, pour savoir le nom du

propriétaire du chien qui venait d'entrer et qui trottinait encore

dans la cour, et, après avoir été renseigné, il se disposait à aller

le réclamer, mais, réfléchissant de nouveau, il se retint encore,

se disant :

« Après tout, puisqu'il m'a quitté et qu'il est heureux

dans le milieu de son choix, pourquoi le déranger ? » Et il s'en

fut stoïquement tout seul.

Cependant, la chasse s'ouvrait quelques jours plus tard,

et le souvenir de Castagno revint tourmenter Toussenel, qui

résolut d'écrire à l'hôte de son chien, et il rédigea une de ces

lettres spirituelles comme il avait le don de les tourner, pour le

prier de lui prêter son compagnon de promenade pour quelques

semaines seulement. L'honnête bourgeois [XIX] adhéra à cotte

requête amicale, offrant même la restitution définitive de

l'ingrat animal.

Les deux chasseurs partirent à la recherche d'exploits

cynégétiques, mais Castagno n'avait plus le même entrain : il

s'était gâté. Au retour, le chasseur déçu ramena le chien

dégénéré à son second maître. Il répondait aux amis qui lui

parlaient de ce départ :

«Que voulez-vous ? Cet animal n'était pas réellement

doué de la CABALISTE et de la PAPILLONNE qui entraîne les

chasseurs, ou bien il les a perdues dans le milieu de ce

bourgeois casanier, et puisque les attractions sont

proportionnelles aux destinées, je ne vois pas pourquoi je

chercherais à le détourner de la sienne. »

Alphonse Toussenel est né d'une famille aisée, à

Montreuil-Bellay (Maine et Loire), le 27 ventôse an XI (18 mars

1804), de Jean-Baptiste Nicolas TOUSNEL, maire de ladite

commune, et de Marie-Louise Céleste Malecot, son épouse. Sur

l'acte civil le nom est bien écrit comme nous l'écrivons, avec un

seul S et sans E, mais cet acte est signé Toussenel par le père, en

présence de MM. Chaillon et Bruneteau, et reçu par M.

Duchâtel, adjoint.

Il y a donc lieu d'attribuer cette faute orthographique du

nom à une inadvertance du secrétaire de la mairie.

Jusqu'à trente ans, Toussenel s'occupa d'agriculture,

mais, après la révolution de 1830, il vint à Paris, où il se

passionna pour la doctrine de Fourier, qu'il connaissait déjà, et

se lia avec toutes les sommités de cette école.

Il soutint, avec la fougue de son caractère et tout l'éclat de

son talent, la loi sur l'instruction primaire de 1833. Il fut

rédacteur en chef de la Paix en 1837, et décoré de la Légion

d'honneur en mai 1839.

En 1841, il fut nommé commissaire civil à Bouffarick. II

donne, dans la deuxième édition de l'Esprit des bêtes, page 87,

des détails très amusants sur ses occupations d'administrateur,

qui expliquent comment il dut donner sa démission en 1842.

Il revint en France, fonda, avec Victor Considérant et

autres, le journal la Démocratie pacifique. Il fit partie, pendant

la révolution de 1848, de la commission du Travail, créée par

Louis Blanc au Luxembourg. Il rédigea, à la même époque, en

collaboration avec M. F. Vidal, Le Travail affranchi.

préface, nocice et notes par Gabriel de Gonet

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :