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Décryptage, sans tapage, ni rage .

L’INDUSTRIE DE L’HOLOCAUSTE - Réflexions sur l’exploitation de la souffrance juive

Publié par $ax sur 23 Août 2012, 00:49am

Catégories : #Histoire

Introduction

Ce livre est à la fois une anatomie et une mise en accusation de l’industrie de

l’holocauste. Dans les pages qui suivent, je vais soutenir que « l’holocauste » est une

représentation idéologique de l’holocauste nazi 1. Comme beaucoup d’idéologies, elle

a un rapport, si ténu fût-il, avec la réalité. « L’holocauste » est une construction non

pas arbitraire mais dotée d’une cohésion interne. Ses dogmes principaux soutiennent

des intérêts politiques et sociaux significatifs. En fait, « l’holocauste » s’est avéré une

arme idéologique indispensable. Grâce à son déploiement, l’une des puissances militaires

les plus formidables du monde, dont les manquements aux droits de l’homme

sont considérables, s’est posé en état-« victime », et le groupe ethnique le plus florissant

des États-Unis a, lui aussi, acquis le statut de victime. Des bénéfices considérables

découlent de ce statut injustifié de victime, en particulier, une immunité face à la critique,

même la plus justifiée. Ceux qui jouissent de cette immunité, ajouterai-je, n’ont

pas échappé à la corruption morale qui va de pair avec elle. De ce point de vue, le rôle

d’Elie Wiesel, interprète officiel de l’holocauste, n’est pas un hasard. Il est évident

qu’il n’est pas parvenu à cette position par son action humanitaire ou ses talents littéraires. Il joue le premier rôle plutôt parce qu’il articule sans la moindre fausse note.

les dogmes de l’holocauste, défendant par là même les intérêts qui le sous-tendent.

Le prétexte initial de ce livre a été l’étude fondamentale de Peter Novick, The Holocaust

in American Life, dont j’ai rendu compte pour une revue littéraire britannique 3.

Dans les pages qui suivient, le dialogue critique que j’avais entamé avec Novick est

élargi ; d’où le nombre abondant de références qui accompagnent cette étude. Plus un

conglomérat d’aperçus provocants qu’une critique argumentée, The Holocaust in American

Life s’inscrit dans la vénérable tradition américaine du brassage de boue. Comme

tous les brasseurs de boue, Novick se concentre sur les abus les plus flagrants. Souvent

virulent et rafraîchissant, The Holocaust in American Life n’est pas une critique systématique.

Les affirmations fondamentales ne sont pas remises en question. Le livre, qui

n’est ni banal ni hérétique, se situe dans le courant officiel, à la pointe extrême de la

controverse. Comme on pouvait le prévoir, il a été largement commenté, diversement

d’ailleurs, par la presse des États-Unis.

La principale catégorie analytique de Novick est la « mémoire ». Actuellement à

la pointe de la mode dans les cercles académiques, la « mémoire » est certainement

le concept le plus pauvre du monde universitaire depuis longtemps. Après la référence

obligatoire à Maurice Halbwachs, Novick s’attache à démontrer comment des préoccupations

actuelles donnent sa forme à la « mémoire de l’holocauste ». Autrefois, les

intellectuels en rupture utilisaient des catégories politiques robustes comme « pouvoir

», « intérêts » d’un côté, « idéologie », de l’autre. Aujourd’hui, il ne reste plus que

le langage émoussé et dépolitisé des « préoccupations » et de la « mémoire ». Mais,

cela ressort des sources mêmes que produit Novick, la « mémoire de l’holocauste » est

une construction idéologique d’intérêts particularistes. Bien que choisie, la mémoire

de l’holocauste, d’après Novick, est, « le plus souvent, arbitraire ». Le choix, affirme-til,n’a pas été dicté par « un calcul d’avantages et d’inconvénients » mais plutôt « sans

préoccupation des conséquences ». Les sources suggèrent plutôt le contraire.

À l’origine, mon intérêt pour l’holocauste nazi était personnel. Mes deux parents

étaient des survivants du ghetto de Varsovie et des camps de concentration nazis. À

part mes parents, tous les membres de ma famille, des deux côtés, ont été exterminés

par les nazis. Mon souvenir le plus ancien, pour ainsi dire, de l’holocauste nazi, c’est

ma mère, collée à l’écran de télévision pour le procès d’Adolf Eichmann (1961), quand

je rentrais de l’école. Bien qu’ils aient été libérés des camps seulement seize ans avant

le procès, dans mon esprit un abîme infranchissable a toujours séparé les parents que

je connaissais de cela. Il y avait des photos de ma famille maternelle au mur du salon

(après la guerre, il ne restait aucune photo de la famille de mon père). Je n’ai jamais

pu appréhender réellement quel était mon lien avec eux, sans parler de me représenter

ce qui était arrivé. C’étaient le frère, les soeurs et les parents de ma mère et non mes

tantes, mon oncle et mes grands-parents. Je me souviens d’avoir lu, étant enfant, The

Wall de John Hersey et Mila 18 de Léon Uris, des récits romancés du ghetto de Varsovie.

(Je me souviens encore de ma mère se plaignant d’avoir raté sa station de métro

parce qu’elle était plongée dans The Wall). J’avais beau essayer, je ne pouvais pas un

seul instant faire le saut en imagination qui m’aurait permis d’associer mes parents,

des gens ordinaires, avec ce passé. Et franchement, aujourd’hui encore je ne peux pas.

Le point le plus important, cependant, est ceci : à part cette présence fantomatique, je

ne me souviens pas que l’holocauste nazi se soit jamais manifesté pendant mon enfance.

La raison principale en était que personne, en dehors de ma famille, ne semblait

se préoccuper de ce qui s’était passé. Mes amis d’enfance dévoraient des livres et discutaient

passionnément de l’acutalité. Cependant, honnêtement, je n’ai pas le souvenir

d’un seul ami (ou parent d’ami) posant la moindre question au sujet de ce que mon

père et ma mère avaient subi. Il ne s’agissait pas là d’un silence déférent mais simplement

d’indifférence. Dans cette optique, on ne peut être que sceptique devant les

torrents d’angoisse des années suivantes, après l’établissement solide de l’industrie de

l’holocauste.

Parfois, je pense que la « découverte » de l’holocauste nazi par les juifs américains

est pire que son oubli. Il est vrai que mes parents souffraient en silence ; les souffrances

qu’ils avaient subies n’étaient pas reconnues publiquement. Mais cela ne valait-il pas

mieux que l’exploitation actuelle, éhontée, du martyre juif ? Avant que l’holocauste

nazi ne devienne l’Holocauste, il n’y avait eu que quelques études universitaires et

quelques volumes de mémoires publiés sur la question, par exemple La Destruction

des juifs européens de Raul Hilberg et Prisonniers de la peur d’Ella Lingens-Reiner.

Mais cette petite collection de joyaux était plus précieuse que les rayons entiers de

baratin qui tapissent aujourd’hui les bibliothèques et les librairies.

À la fin de leur vie, mes parents, l’un comme l’autre, tout en revivant tous les jours

le passé, et ce jusqu’à leur mort, avaient perdu tout intérêt pour le spectacle public de

l’holocauste. Un des plus vieux amis de mon père était un de ses anciens camarades

d’Auschwitz, un idéaliste de gauche, apparemment incorruptible, qui avait refusé le

principe même des compensations allemandes après la guerre. Finalement, il devint

directeur du musée israélien de l’holocauste, Yad Vashem. Malgré lui et avec une déception

sincère, mon père en vint à admettre que même cet homme avait été convaincu

par l’industrie de l’holocauste, qui avait façonné ses croyances sur le modèle du pouvoir

et du profit. Au fur et à mesure que les représentations de l’holocauste devenaient

plus absurdes, ma mère aimait à citer Henri Ford (avec une ironie volontaire) : « Foutaises

que l’histoire ! » Les récits des « survivants de l’holocauste » – tous des détenus

des camps de concentration, tous des héros de la résistance – étaient source d’un amusement

désabusé à la maison. Il y a longtemps que John Stuart Mill a admis que les

vérités qui ne sont pas sans cesse remises en question « cessent d’avoir l’effet de la

vérité, et se transforment en mensonge à force d’exagération ».

Mes parents s’étonnaient souvent que je sois tellement indigné par la falsification

et l’exploitation du génocide nazi. La réponse la plus simple est qu’on l’utilise pour

justifier la politique criminelle de l’état d’Israël et le soutien des États-Unis à cette

politique. Il y a aussi un motif personnel : je m’inquiète du souvenir de la persécution

de ma famille. La campagne actuelle de l’industrie de l’holocauste visant à extorquer

de l’argent de l’europe au bénéfice des « victimes nécessiteuses de l’holocauste » a ramené

les dimensions morales de leur martyre au niveau d’un casino de Monaco. Même

en dehors de ces préoccupations, cependant, je demeure convaincu qu’il est important

de conserver – de lutter pour – l’intégrité du récit historique. A la fin de ce livre, je

suggérerai qu’en étudiant l’holocauste nazi, nous pouvons apprendre beaucoup non

seulement à propos des « Allemands » ou des « Gentils » mais à propos de chacun

de nous. Cependant, je pense qu’à cette fin, pour tirer un enseignement réel de l’holocauste

nazi, sa dimension physique doit être réduite et sa dimension morale élargie.

Trop de moyens publics et privés ont été investis dans la commémoration du génocide

nazi. La majeure partie du résultat est dépourvue de valeur ; c’est un tribut non aux

souffrances juives mais à la glorification juive. Le temps est venu depuis longtemps

d’ouvrir nos coeurs aux souffrances du reste de l’humanité. C’est la leçon essentielle

que ma mère m’a léguée. Je ne l’ai jamais entendue dire : « Ne compare pas. » Ma mère

comparait toujours. Il est incontestable que des distinctions doivent être faites en histoire.

Mais établir des distinctions morales entre « nos » souffrances et « les leurs » est

un travestissement moral. « On ne peut pas comparer deux peuples malheureux, disait

Platon avec beaucoup d’humanité, et dire que l’un est plus heureux que l’autre. » Face

aux souffrances des Noirs américains, des Vietnamiens et des Palestiniens, le credo de

ma mère a toujours été : nous sommes tous des victimes de l’holocauste.

Norman Finkelstein-Avril 2000-New York

Somment nous plus respectueux des victimes qu'eux même ?

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