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Décryptage, sans tapage, ni rage .

LOUIS–FERDINAND CÉLINE - L’ÉCOLE DES CADAVRES

Publié par $ax sur 23 Août 2012, 05:39am

Catégories : #litterature

Préface de l’édition de 1942

L’eau a passé sous les ponts depuis la sortie de ce livre !

Le monde a changé de visage. Encore quelques mois, quelques ans et l’on racontera des histoires qui n’auront plus ni queues ni têtes, personne ne se souviendra plus. Les témoins authentiques seront morts ou gâteux, ou enrôlés ailleurs.

Tuer sous silence ou broderie, telle est la grande oeuvre du Temps, je me méfie. Ah ! ce métier je le connais, je suis Temps moi-même à mes heures ! Tout passionné de broderies ! De là si défiant, susceptible.

Juste là donc deux trois mots avant l’oubli, sur les caractères, les façons, les petits mérites de ce livre.

1° Imprimé sous Daladier.

2° Il fit condamner son auteur le 21 juin 1939 sur plainte de M. Rouquès qui s’y trouvait diffamé. M. Rouquès, chirurgien du Syndicat des métaux et des Brigades Internationales.

La parution de l’École ne fit aucun bruit – silence total, scrupuleux de toute la presse française – y compris la pacifiste, l’antisémite, la franco-allemande, etc., etc., pas un écho, pas une ligne, le frigo intégral, la pétoche totale, le désaveu absolu. Raisons de ce hoquet unanime : l’École était le seul texte à l’époque (journal ou livre) à la fois et en même temps : antisémite, raciste, collaborateur (avant l’heure) jusqu’à l’alliance militaire immédiate, anti-anglais, antimaçon et présageant la catastrophe absolue en cas de conflit.

[8] Souvenons-nous qu’il était possible, toléré sous Blum d’être ceci ou cela, mais pas tout à la fois et en même temps. Tout le morceau ! On vous tolérait en somme d’avoir l’air de… mais toujours avec une petite réserve, un recours, un caleçon – à votre choix.

Si vous étiez antisémite alors s’il vous plait en même temps antiraciste ! à la bonne heure ! Le coup nul !... Si vous étiez rapprochiste, alors, je vous prie, en même temps pro-anglais ! Bravo ! Antiguerre, soit si vous voulez ! mais conférencier en loge ! La compensation ! Toujours un petit crochet au cul pour respecter la morale, les convenances, le bon ton, la Patrie, et en définitif le juif !... Sauver l’essentiel !... Toutes les rigolades du caméléon !

Ce livre eut donc le mérite d’être rejeté par toute la presse française (y compris l’antisémite), en totalité, au titre d’ordure totale, obscénité qu’il convient de traiter avec pincettes et par le silence.

Je fus lu tout de même par le parquet et les gens de l’Humanité. À moi la Correctionnelle !

Le jour de l’audience, même très remarquable discrétion de toute la presse française – y compris l’antisémite, la pacifiste, la pro-allemande, etc. – N’étaient présents à la 12ème en fait

d’avocats et de journalistes que ceux de l’Humanité, du Popu, de la Lumière, etc., etc., mais alors ! en foule !

De mon bord, personne ne me connaissait plus.

La Bête puante souille les meilleures causes…

À la première audition, admirable plaidoirie de notre vaillant Saudemont, puis au jugement trois mois plus tard (quel temps pour se renseigner !) n’assistaient que Denoël et moi forcément, Mlles Canavaggia, Marie et Renée, nos bons amis Bernardini, Montandon (et son parapluie), Bonvilliers, et notre excellent Tschann le libraire, et Mlle Almanzor.

C’est tout – c’est peu pour une aussi grande ville, en d’autres temps plus spontanée, plus facilement éprise des causes d’aventure et perdues.

Le juif avait passé par là, l’âme était froide.

Voici les faits.

DÉJÀ… L’influence directe du juif était si puissante à la cour de Louis le Débonnaire que l’évêque de Lyon, saint Agobard, y fut traité avec le plus grossier mépris quand il alla présenter à l’Empereur ses justes doléances contre Israël. Lorsqu’il déclara au Souverain que ses fonctionnaires, à Lyon, étaient aussi terribles pour les chrétiens que doux pour les juifs, ce fut dans cette cour judaïsée un scandaleux tollé contre le grand Évêque. Louis DASTÉ : les Sociétés secrètes et les Juifs.

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